{"id":308078,"date":"2025-11-21T07:01:45","date_gmt":"2025-11-21T07:01:45","guid":{"rendered":"https:\/\/peraltafinancing.com\/african-music\/a-kinshasa-faire-sonner-le-presque-rien-cest-tout-art\/"},"modified":"2025-11-21T07:01:45","modified_gmt":"2025-11-21T07:01:45","slug":"a-kinshasa-faire-sonner-le-presque-rien-cest-tout-art","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/fivemor.com\/?p=308078","title":{"rendered":"A Kinshasa faire sonner le presque rien, c\u2019est tout art\u00a0"},"content":{"rendered":"<p> <br \/>\n<\/p>\n<div id=\"\">\n<p class=\"has-drop-cap\"><em>Cette carcasse qui roule, c\u2019est le Congo. On ne sait pas o\u00f9, mais elle va quelque part\u2026<\/em>\u00a0\u00bb Ces mots de Freddy Bienvenu Tsimba qualifient une de ses embl\u00e9matiques installations au nom pour le moins programmatique\u00a0: Encore un effort\u00a0! On y entrevoit des corps entrem\u00eal\u00e9s en train de pousser une voiture en cale s\u00e8che, mise en sc\u00e8ne all\u00e9gorique du quotidien de la survie \u00e0 Kinshasa. Compos\u00e9e de cuill\u00e8res et de fourchettes glan\u00e9es dans les rues de la capitale congolaise\u00a0par des gamins qui les revendent au plasticien, cette monumentale pi\u00e8ce r\u00e9sume l\u2019art de la d\u00e9brouille qui irrigue depuis des ann\u00e9es la cr\u00e9ation \u00e0 Kinshasa. Grandi \u00e0 Matonge, bouillonnant quartier de Kinshasa, l\u2019artiste d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au-del\u00e0 de son continent natal entend d\u00e9montrer ainsi, non sans une pointe d\u2019ironie, ce qu\u2019est devenue Kin la belle\u00a0: une poubelle \u00e0 ciel ouvert, o\u00f9 les plus inventifs \u00e9rigent des \u0153uvres visionnaires d\u2019un monde d\u2019apr\u00e8s le chaos.\u00a0<\/p>\n<p>Personnage central de <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=hbMMXTjP3gQ\"><em>System K<\/em><\/a>, le documentaire de Renaud Barret qui ausculte cette sc\u00e8ne underground, Freddy Tsimba peut \u00eatre l\u00e9gitimement consid\u00e9r\u00e9 comme le parrain de ces cr\u00e9ateurs hors-norme. \u00ab\u00a0<em>Comme la mati\u00e8re premi\u00e8re de ce pays est vol\u00e9e, la population r\u00e9cup\u00e8re en deuxi\u00e8me main sa propre mati\u00e8re premi\u00e8re, ce qu\u2019on appelle \u00e0 Kinshasa aussi \u00ab\u00a0le treizi\u00e8me commandement\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9merde-toi. Il n\u2019y a personne\u00a0<\/em>pour t\u2019aider\u00a0\u00bb, r\u00e9sume l\u2019auteur de ce film manifeste. Renaud Barret ne manque pas de voir dans ces performances le t\u00e9moignage \u00f4 combien vibrant d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019artistes qui entend \u00e9veiller les consciences d\u2019un pays pill\u00e9 par les multinationales. <em>\u00ab\u00a0Il y a toujours eu la culture de la r\u00e9cup\u00e9ration, de la transformation dans cette ville. Les musiciens ont d\u00fb se d\u00e9brouiller.\u00a0Upcycling et recycling, des mots tr\u00e8s \u00e0 la mode en Europe, sont v\u00e9cus sans r\u00e9f\u00e9rences, m\u00eame si leurs cr\u00e9ations peuvent renvoyer \u00e0 des artistes conceptuels comme les actionnistes viennois. C\u2019est \u00e7a la force ph\u00e9nom\u00e9nale de ce son techno-ghetto !<\/em>\u00bb Car si dans ce pur vortex transartistique, on voit un <em>Kongo Astronaute<\/em> d\u00e9ambulant et un performer fracassant \u00e0 coup de masse les objets de grande consommation, on ne peut manquer de songer aux musiciens qui, eux aussi, ont \u00e9rig\u00e9 en m\u00e9thode Cou\u00e9 cet art de la r\u00e9cup\u00e9ration pour construire une bande-son faite de beats et de brocs.<\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bebson de la rue, le G\u00e9o Trouvetou de Kinshasa<\/strong><\/h3>\n<p>Tout a commenc\u00e9 au tournant du mill\u00e9naire avec une esp\u00e8ce de G\u00e9o Trouvetou tropical qui entendait \u00ab\u00a0<em>faire sonner le rien<\/em>\u00a0\u00bb. Car si la plupart de ces groupes sont apparus avec la deuxi\u00e8me \u00e9lection de Kabila, tous ou presque sont pass\u00e9s par l\u2019avenue Kato, le laboratoire \u00e0 ciel ouvert de Jean-Claude Elemba, plus connu sous le surnom de <em>Bebson de la rue<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Tout ce que je peux faire, c\u2019est en connexion avec l\u2019\u00e9nergie de la rue<\/em>\u00a0\u00bb, souriait-il voici une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. A l\u2019\u00e9poque, encore branch\u00e9 dans le hip-hop, il vient de croiser \u00e0 Kinshasa la route du Fran\u00e7ais Jean-Louis Mechali,\u00a0 batteur \u00e9rudit, ancr\u00e9 dans l\u2019improvisation qui menait un projet en parall\u00e8le de lutheries urbaines \u00e0 Bagnolet. Cette rencontre va totalement changer la configuration de la musique de Bebson, qui entend \u00ab\u00a0<em>r\u00e9cup\u00e9rer des objets de la vie pour cr\u00e9er une bande-son originale de la ville<\/em>\u00a0\u00bb. En d\u2019autres termes il met en place une \u00e9cologie sonore qui s\u2019ignore, ou plut\u00f4t s\u2019invente, <em>in situ<\/em>. <em>\u00ab\u00a0Le son, c\u2019est l\u2019\u00e9coute. Je travaille cette mati\u00e8re premi\u00e8re pour cr\u00e9er des sonorit\u00e9s diff\u00e9rentes, une gamme qui ressemble \u00e0 notre ville.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ce sera tout l\u2019enjeu de Fulu Miziki, texto \u00ab\u00a0la musique des poubelles\u00a0\u00bb en lingala. \u00ab\u00a0<em>On peut faire pousser des fleurs \u00e0 partir de ce merdier. Chaque matin, je sors avec mon sac pour r\u00e9cup\u00e9rer des trucs qui serviront \u00e0 construire mes instruments.<\/em>\u00a0\u00bb Danseur\/rappeur de la premi\u00e8re heure, membre des cultissimes Trionyx, groupe fond\u00e9 par Bebson de la rue, Pisko fut l\u2019un des premiers activistes aupr\u00e8s de ce dernier, pratiquant cette forme de r\u00e9cup\u2019 art, spontan\u00e9iste et DIY. Un quart de si\u00e8cle plus tard, il a cr\u00e9\u00e9 d\u2019\u00e9tranges machines \u00e0 sons, un instrumentarium aussi improbable que la bande originale \u2013 un fatras de beats et de bidons, de cling et de clang \u2013 est d\u00e9sormais imparable, comme une m\u00e9taphore surr\u00e9aliste, qui permet de s\u2019immerger dans le chaudron qu\u2019est Kinshasa.<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"750\" src=\"https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Fulu-Miziki-Nyege-Nyege-Festival-2019-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-29301\" srcset=\"https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Fulu-Miziki-Nyege-Nyege-Festival-2019-2.jpg 1000w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Fulu-Miziki-Nyege-Nyege-Festival-2019-2-759x569.jpg 759w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Fulu-Miziki-Nyege-Nyege-Festival-2019-2-661x496.jpg 661w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Fulu-Miziki-Nyege-Nyege-Festival-2019-2-465x349.jpg 465w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2019\/09\/Fulu-Miziki-Nyege-Nyege-Festival-2019-2-375x281.jpg 375w\" sizes=\"(min-width:1010px) 759px,100vw\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Lady Aicha et Fulu Miziki au Nyege Nyege Festival 2019<\/figcaption><\/figure>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Fulu Miziki, faux airs de superh\u00e9ros du ghetto<\/strong><\/h3>\n<p>Sacs plastique en pagaille, canettes en tout genre, pneus \u00e9reint\u00e9s, carcasses \u00e9ventr\u00e9es, tout ce que peut d\u00e9jecter une m\u00e9galopole d\u2019une quinzaine de millions d\u2019habitants peut \u00eatre r\u00e9inject\u00e9 dans la musique de Fulu Miziki. Bing bang boom. Tout comme, au moment de r\u00e9p\u00e9ter dans la vaste cour qui leur servait de salle de r\u00e9p\u00e9tition, au c\u0153ur du labyrinthique quartier Ngwaka, \u00e0 deux pas du zoo, et deux rues du grand march\u00e9 Zando, ils arboraient des costumes rapi\u00e9c\u00e9s et des masques d\u2019animaux imaginaires. De quoi donner des faux airs de superh\u00e9ros du ghetto, fa\u00e7ons Madmax 3.0, \u00e0 ces h\u00e9ritiers assum\u00e9s de Simon Kimbangu, le proph\u00e8te congolais qui d\u00e9fia voici un si\u00e8cle le pouvoir belge.<\/p>\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\">\n<p>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Fulu Miziki, le son de Kinshasa - \u00ab\u00a0Fulu Miziki\u00a0\u00bb | Nova Book Box\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/G0iZ10jhuaI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/p>\n<\/figure>\n<p>Batterie de percussions \u00e0 base de casseroles et autres ustensiles de cuisine, cordophones bricol\u00e9s, vibraphone en bouts de plastique agglom\u00e9r\u00e9s, vocoders \u00e0 partir d\u2019un poste de radio et d\u2019un tuyau d\u2019arrosage\u2026 L\u2019imagination donne ici le pouvoir d\u2019inventer d\u2019autres sonorit\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>On nous a pris pour des fous. Pour tous, c\u2019\u00e9tait impossible de faire de la musique. Eux voulaient faire comme d\u2019habitude, bien habill\u00e9, musique mascarade, \u00eatre chic et \u00e9l\u00e9gant sur le podium\u00a0<\/em>\u00bb, reprend Pisko. Lui, choisira la voie inverse\u00a0: d\u00e9montrer par le son la rude r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une capitale au bord de la rupture, o\u00f9 chaque jour constitue une remise en jeu. Et cette esth\u00e9tique du chaos organique et organis\u00e9e en une d\u00e9capante transe post-futuriste, \u00e0 base de hook addictifs et de boucles acoustiques, tient autant de la r\u00e9silience que de l\u2019envie de tout faire p\u00e9ter. Ce que disent les chansons qui s\u2019ancrent dans la rude r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une ville. \u00ab\u00a0<em>Il s\u2019agit de cr\u00e9ations collectives, comme une forme de d\u00e9mocratie coop\u00e9rative<\/em>\u00a0\u00bb, assurait en 2019 Pisko, pas si fou que \u00e7a. \u00ab\u00a0<em>Le fou c\u2019est celui qui entrevoit la v\u00e9rit\u00e9, voit l\u2019avenir.\u00a0Moi, je r\u00eave de pouvoir inventer ce que personne n\u2019a fait.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Kokoko, le son DIY made in Kinshasa<\/strong><\/h3>\n<p>Les Fulu Muziki perp\u00e9tuent cette foi vers des lendemains autrement illumin\u00e9s. Afrofuturistes ? Plut\u00f4t alertes scruteurs des gal\u00e8res journali\u00e8res dans ce pays riche de tant de minerais, pauvre \u00e0 l\u2019exc\u00e8s. Depuis, \u00e0 d\u00e9faut de trouver leur juste place sur les sc\u00e8nes congolaises, les Fulu Miziki ont creus\u00e9 leur sillon en Europe toute \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Avant eux, une autre bande de jeunes bidouilleurs a fait parler d\u2019elle de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la M\u00e9diterran\u00e9e. Son nom\u00a0? Kokoko, texto Toc toc toc. \u00ab\u00a0<em>On frappe \u00e0 la porte et m\u00eame si on nous a pas ouverts, on est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur<\/em>.\u00a0\u00bb Soit cinq Congolais dont la plupart furent partenaires de LoiX avec Pisko, avant de cr\u00e9er leur propre formation, dans le fertile sillon de Bebson de la rue, en s\u2019associant au plus jeune Makara Bianko, atalaku (crieur) qui fa\u00e7onnait dans son lieu, Le Couloir de Bercy, ses rimes ac\u00e9r\u00e9es sur des rythmes \u00e9lectroniques concass\u00e9s. V\u00e9lo, bo\u00eetes en fer, poign\u00e9e d\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur de moto, machines \u00e0 \u00e9crire\u2026 Tout passe tout autant dans leurs mains pour que \u00e7a tape\u00a0! Et Love Lonkonde qui fut des aventures aupr\u00e8s de Bebson d\u2019ajouter : \u00ab\u00a0<em>On chante la r\u00e9alit\u00e9 sociale, l\u2019ambiance, la vie r\u00e9elle, la gal\u00e8re du pays, mais en se cachant pour ne pas avoir de probl\u00e8mes avec les autorit\u00e9s politiques. Il faut avancer masqu\u00e9, il faut se prot\u00e9ger. Il faut \u00eatre strat\u00e9gique.\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p>Le premier nom du groupe, lanc\u00e9 en \u00e9claireur sur les pistes occidentales, \u00e9tait l\u2019explicite Slum Robots. Et tr\u00e8s vite, leur formule plus adapt\u00e9e aux oreilles occidentales a su s\u00e9duire, avec le renfort D\u00e9bruit, producteur fran\u00e7ais auto d\u00e9fini comme \u00ab <em>explorateur musical <\/em>\u00bb qui a ajout\u00e9 nappes et couches sonores dans ce bordel ambiant qui lui rappelait le \u00ab\u00a0<em>c\u00f4t\u00e9 punk funk du New York de la fin des ann\u00e9es 1970,\u00a0et le DIY qui apporte un \u00e9nergie tout \u00e0 fait diff\u00e9rente\u00a0avec un truc plus direct dans l\u2019approche \u00e9lectronique<\/em>.\u00a0\u00bb Sans oublier de mentionner le suppl\u00e9ment d\u2019\u00e2me de Makara, son penchant pour l\u2019oblique et la distorsion des sons, la sens du bruit et la science du larsen. \u00ab\u00a0<em>Il vit \u00e0 200% ce qu\u2019il chante\u00a0! C\u2019est comme une batterie charg\u00e9e \u00e0 200 %, au bord de l\u2019explosion. Quand on est \u00e0 c\u00f4t\u00e9, impossible de ne pas \u00eatre surmotiv\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb Et le producteur de r\u00e9sumer par une formule choc ad hoc\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Kokoko, c\u2019est acoustique, \u00e9lectrique et \u00e9lectronique\u00a0! C\u2019est une belle triangulation, o\u00f9 l\u2019on navigue dans les influences de chacun \u00e0 doses vari\u00e9es, et \u00e0 travers ces trois types de sources sonores. On s\u2019influence et se surprend les uns les autres, de mani\u00e8re tr\u00e8s spontan\u00e9e.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1010\" height=\"810\" src=\"https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-1010x810.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-130379\" srcset=\"https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-1010x810.jpg 1010w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-759x609.jpg 759w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-2048x1643.jpg 2048w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-1440x1155.jpg 1440w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-661x530.jpg 661w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-465x373.jpg 465w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red-375x301.jpg 375w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/KOKOKO-red.jpg 4786w\" sizes=\"auto, (min-width:1010px) 759px,100vw\" loading=\"lazy\"\/><\/figure>\n<p>Certes, mais le r\u00e9alisateur Renaud Barret, qui les chargea de r\u00e9aliser la bande-son de son film, en voit malgr\u00e9 tout vite certaines limites, \u00e0 l\u2019heure de passer le cap de la sc\u00e8ne en Europe. \u00ab\u00a0<em>Le d\u00e9fi, c\u2019est comment retranscrire ce bois qu\u2019ils envoient sans les brider\u00a0! Il y a une vraie contrainte de sonorisation, d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit de mettre sur sc\u00e8ne cet instrumentarium instable, o\u00f9 un mi devient vite un fa !<\/em>\u00a0\u00bb Leur premier disque, <em>Fongala<\/em> (autrement dit \u00ab\u00a0la clef\u00a0\u00bb, normal vu leur nom), parvient \u00e0 saisir cette \u00e9nergie de l\u2019instant, qui pourrait bien renvoyer \u00e0 nos futurs chantiers d\u00e9senchant\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>En Europe certains ne commenceront pas la guitare s\u2019ils n\u2019ont pas tel type de guitare, ou un album avant d\u2019avoir des subventions etc. \u00c7a ramollit l\u2019\u00e9nergie artistique. Ici, il y a une vraie libert\u00e9 de cr\u00e9er, de faire sans consommer, sans attendre l\u2019argent<\/em>\u00a0\u00bb, se f\u00e9licitait ainsi D\u00e9bruit. Comme un n\u00e9cessaire appel \u00e0 passer \u00e0 l\u2019action directe, corps et \u00e2mes enfi\u00e9vr\u00e9s sur les pistes noires, dont les soubassements sont une col\u00e8re sourde, qui gronde dans les graves.<\/p>\n<p>Une longue s\u00e9rie de concerts et un disque plus tard, <em>Butu<\/em> \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2024, des cinq personnages de la formule originelle il ne reste plus du groupe originel que le Kinois Makara Bianko et le Fran\u00e7ais D\u00e9bruit. R\u00e9sultat\u00a0: les musiques \u00e9lectroniques \u2013 notamment le kuduro angolais et le kwaito sud-africain \u2013 prennent la place laiss\u00e9e par les ex Slum Robots et la puissance \u00e9ructive du DIY <em>made in Kinshasa<\/em> appara\u00eet en retrait.\u00a0 Pour y go\u00fbter, Renaud Barret indique illico de guetter les doux d\u00e9lires zagu\u00e9, un style qui mixe histoires urbaines, rythmes tap\u00e9s et bidouillages \u00e9lectro, en attendant que d\u00e9barque la Nyata Zone, la bande-son cradi-moderne \u00e0 la gloire des gangs kinois, dont Makara se fait le chantre.\u00a0<\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ma\u00eetre Tonnerre et ses multiples avatars<\/strong><\/h3>\n<p>En attendant que tous ceux-l\u00e0 d\u00e9barquent en Europe, on peut aussi se rassasier d\u2019autres d\u00e9clinaisons de la formule test\u00e9e et \u00e9prouv\u00e9e par Bebson de la rue. Une des derni\u00e8res en date est celle de Wilfried Luzele Beki, plus connu sous le nom de Lova Lova (entre autres sobriquets pour celui se fit aussi appeler Ma\u00eetre Tonnerre\u00a0!). Associ\u00e9 aux machines \u00e0 sons de l\u2019\u00e9nigmatique Gri Gri, il m\u00e8ne un projet baptis\u00e9 Article15, qui devrait d\u2019accoucher d\u2019un premier EP \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2025, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la constitution du Sud Kasa\u00ef qui fit s\u00e9cession. D\u2019autres attribuent cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 pour parler du Za\u00efre. Une chose est sure\u00a0: cette expression \u2013 Article 15 \u2013 s\u2019est impos\u00e9e dans le langage courant aux deux Congo, pour dire qu\u2019il faut se d\u00e9brouiller pour vivre !<\/p>\n<p><em>\u00ab Ouvrir les yeux va te donner l\u2019envie brutale de les crever !\u00bb, <\/em>ass\u00e8ne<em> <\/em>Lova Lova qui avant d\u2019en arriver l\u00e0, se fit conna\u00eetre dans les rues de la capitale congolaise. Son premier disque, l\u2019autoproduit <em>Kizobazoba<\/em> (texto \u00ab\u00a0patchwork\u00a0\u00bb) conviait Bebson de la rue et Bernard Morison, un tshegue, ces enfants qui hantent les nuits de Kinshasa et pour lesquels Wilfried assurera plus tard la direction artistique d\u2019un disque tout entier, <em>Mokili Na Poche<\/em>. Pr\u00e9coce rappeur d\u2019\u00e9glise, sapeur \u00ab japonais \u00bb, adorateur du pionnier projet Zazou Bikaye \u2013 on y reviendra\u00a0! \u2013, dessinateur \u00e0 ses heures, fr\u00e9quentant en mode underground les Beaux-Arts et la galaxie des surr\u00e9alistes Kongo Astronauts \u2013 \u00ab\u00a0<em>ceux qui d\u00e9collent avec de simples feuilles v\u00e9g\u00e9tales<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 n\u00e9 l\u2019ann\u00e9e de la mort du chanteur monument Franco, en 1989 \u2013 c\u2019est un signe du destin \u2013, Lova Lova a trouv\u00e9 sa voie en 2014, suivant les conseils du photographe Kiripi Katembo Siku, talent d\u00e9c\u00e9d\u00e9 comme tant bien trop t\u00f4t. \u00c0 l\u2019image de ce dernier, qui r\u00e9fl\u00e9chissait Kinshasa \u00e0 travers des flaques d\u2019eau, Lova Lova entend de sa voix cass\u00e9e montrer l\u2019envers du d\u00e9cor, invoquant les esprits des anc\u00eatres qui l\u2019habitent quand il chevauche la sc\u00e8ne tel un Sun Ra \u2013 un de ses guides spirituels selon ses propres termes \u2013\u00a0 tropicalis\u00e9. \u00ab<em>Pour transcender ce quotidien, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 des personnages qui sont \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, comme le pharaon dont je porte le costume. Je cherche des sons qui viennent d\u2019univers parall\u00e8les, les incarner avec des monstruosit\u00e9s. Le monde est en train de s\u2019\u00e9crouler, on va peut-\u00eatre s\u2019en sortir en mode post-apocalyptique. En 2050, l\u2019homme noir deviendra sperme \u00e0 cause de l\u2019exc\u00e8s de sexe. Kinshasa sera liqu\u00e9fi\u00e9e et les spermatozo\u00efdes sup\u00e9rieurs vont construire la ville du futur, en acier inoxydable<\/em>.\u00a0\u00bb Forc\u00e9ment cette pr\u00e9diction prononc\u00e9e juste avant le Covid bourgeonnant, \u00e7a interpelle. \u00ab<em>\u00a0Je ne suis pas un tr\u00e8s bon chanteur, mais quand tu es dans la transe, tu transcendes tout \u00e7a, les histoires de notes, de gammes. Y\u2019a plus de limites, \u00e7a te d\u00e9passe\u00a0! Tu n\u2019es plus la m\u00eame personne, les esprits <\/em>mwotambo<em> viennent t\u2019habiter.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<figure class=\"wp-block-embed alignwide is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\">\n<p>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Toko Lemba te - Kin Gongolo Kiniata\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/oKKZMseaU9M?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/p>\n<\/figure>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Kin\u2019Gongolo Kiniata,\u00a0bande 100% originale\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Est-ce le m\u00eame \u00e9tat d\u2019esprit qui habite ceux qui avancent sous le nom de Kin\u2019Gongolo Kiniata\u00a0? En tout cas, ils incarnent eux aussi tout un art de la d\u00e9brouille et de la bidouille \u00e0 l\u2019image des dr\u00f4les de mani\u00e8res de Bebson de la Rue. \u00ab<em>On s\u2019est tous rencontr\u00e9s chez lui. Les percussionnistes Ducap et Leebruno habitaient dans le m\u00eame quartier. Moi, je jouais de la batterie dans Trionyx, le groupe de Bebson. J\u2019allais chez lui pour apprendre \u00e0 fabriquer des instruments \u00e0 base de r\u00e9cup\u00e9ration<\/em>. <em>\u00c7a nous a donn\u00e9 l\u2019id\u00e9e de faire pareil <\/em>\u00bb, se souvient le guitariste Julien, aka B\u00e9b\u00e9 Ming\u00e9. Ils vont ainsi fa\u00e7onner une identit\u00e9 sonore \u00e0 base de \u00ab\u00a0<em>choses comme le bois, le plastique, des casseroles\u2026<\/em>\u00a0\u00bb En clair, la formule se fonde toujours sur la m\u00eame base h\u00e9r\u00e9tique.<\/p>\n<p>Des boucles \u00e9sot\u00e9riques, des rythmiques fr\u00e9n\u00e9tiques, une corde de guitare stratos-f\u00e9erique, et par-dessus, des chants du genre bien perch\u00e9\u2026 Nul doute que ces trentenaires s\u2019inscrivent dans une longue filiation, des tradi-modernes, qui bricolent des bandes-son \u00e0 base d\u2019instruments cr\u00e9\u00e9s de toutes pi\u00e8ces. Mais aussi de Jupiter, le g\u00e9n\u00e9ral rebelle qu\u2019ils reconnaissent comme \u00ab\u00a0<em>un grand fr\u00e8re<\/em>\u00a0\u00bb. Comme lui, leur \u00ab\u00a0<em>musique est un m\u00e9lange de sources plus occidentales, comme le rock ou l\u2019\u00e9lectro, et de folk traditionnelle de chez nous. Celle du Kasa\u00ef, mais aussi d\u2019autres ethnies comme les Bakomo, les Baluba, les Mongo, comme Bebson ou Jupiter, soit les gens de la province congolaise de l\u2019Equateur\u00a0<\/em>\u00bb, pr\u00e9cise le bassiste Djino, \u00e9galement chanteur comme tous les autres dans ce grand shaker typique des courants alternatifs qui boostent la cr\u00e9ation kinoise.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Nous avons pris ce nom\u00a0en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une onomatop\u00e9e des vendeurs de p\u00e9trole. \u00c0 une \u00e9poque, on avait un s\u00e9rieux probl\u00e8me d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 \u00e0 Kinshasa. Des gar\u00e7ons d\u00e9ambulaient dans la rue avec un bidon de p\u00e9trole pour les lampes et une petite bo\u00eete de conserve qui faisait un son bien particulier,\u00a0kingolo, kingolo. Tous les Kinois connaissaient \u00e7a\u00a0! C\u2019\u00e9tait comme une alerte\u00a0! Le son de la lumi\u00e8re. \u00bb<\/em>\u00a0Et Kiniata\u00a0? \u00ab <em>\u00c7a veut dire \u00e9craser. Notre but est de faire des choses hors du commun, et de ramener une autre \u00e9nergie dans ce pays. Nous vivons dans une ville super pollu\u00e9e, le recyclage c\u2019est bon pour la plan\u00e8te. Notre message est avant tout positif.\u00a0\u00bb<\/em> Et leur plus grand d\u00e9fi, comme tous les autres, <em>\u00ab\u00a0c\u2019est de pouvoir propager cette musique dans notre ville, face \u00e0 toute puissance du <\/em>ndombolo<em> (l\u2019avatar moderne de la rumba congolaise, nda)\u00bb. <\/em>Certes, mais ils ont fait entendre leur divergence de ton aux Transmusicales de d\u00e9cembre 2022, et leur premier disque confirme que l\u2019on tient en ces recycleurs du style d\u00e9jant\u00e9 des pr\u00e9tendants au tr\u00f4ne laiss\u00e9 vacant par les a\u00een\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Tshegu\u00e9, Bantou mentale, Congo punk et transe h\u00e9r\u00e9tique<\/strong><\/h3>\n<p>Ce ne sont pas les seuls \u00ab\u00a0Congo combos\u00a0\u00bb \u00e0 avoir mis en alerte le rendez-vous rennais\u00a0:\u00a0 \u00e0 titre d\u2019exemple, Tshegue, l\u2019ovni musical qui porte le surnom de sa chanteuse et fondatrice, Faty Sy Savanet. N\u00e9e \u00e0 Kinshasa, atterrie \u00e0 neuf ans en banlieue parisienne, elle met une s\u00e9rieuse claque aux baffles en 2017. Depuis, son phras\u00e9 <em>rauque and soul<\/em>, rehauss\u00e9 de rythmiques \u00e9pileptiques aux confins de la transe tribale, a explos\u00e9. Afro-punk\u00a0? Congo garage ? Voodoo trash\u00a0? Inutile de vouloir accoler une \u00e9tiquette <em>certifi\u00e9e conforme<\/em> pour ce duo hors-norme. \u00ab\u00a0<em>On ne veut pas rentrer dans les codes. Pas question d\u2019\u00eatre ceci ou cela. Pas besoin de se justifier\u00a0! On aime le rock, le hip-hop, la soul, le funk, le cubain.\u00a0<\/em>\u00bb \u00c0 tout prendre, on parlera de sons visc\u00e9ralement cradi-modernes, qui vont puiser au plus profond des musiques racines pour en tirer des tourneries qui vrillent, et retournent les clich\u00e9s. Noir et blanc, in &amp; out, arty et catchy, DIY et ghetto blaster, minimal et dense, solaire et sombre, brut mais sophistiqu\u00e9, spirituel et sauvage\u2026\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-image alignwide size-large\"><img decoding=\"async\" width=\"1010\" height=\"673\" src=\"https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-1010x673.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-130381\" srcset=\"https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-1010x673.jpg 1010w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-759x506.jpg 759w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-2048x1365.jpg 2048w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-1440x960.jpg 1440w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-661x440.jpg 661w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-465x310.jpg 465w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02-375x250.jpg 375w, https:\/\/pan-african-music-production.fra1.digitaloceanspaces.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/Tshegue02.jpg 6204w\" sizes=\"auto, (min-width:1010px) 759px,100vw\" loading=\"lazy\"\/><\/figure>\n<p>Dans un registre \u00ab\u00a0voisin\u00a0\u00bb, il y eut aussi Bantou Mentale, deux ans plus t\u00f4t aux Transmusicales. \u00ab\u00a0<em>C\u2019est un groupe un peu tar\u00e9 qui aurait pu exister en 1978, aux croisement de cultures, dans un flux urbain qui accouche d\u2019une aventure vers une musique de l\u2019ailleurs. Rien \u00e0 voir avec les clich\u00e9s ethno-touristiques!<\/em>\u00a0\u00bb, affirmait sans fard Doctor L, le producteur qui se distingua juste avant avec le terrible Mbongwana Star, pour qualifier le son \u2013 mi future funk mi post punk \u2013 de cette contrebande alternative unissant le batteur ambianceur Cubain Kabeya, un pur de Kin qui fut des d\u00e9lires tradi-modernes et le guitariste franco-congolais Chicco Katembo, ex de la galaxie Staff Benda Bilili. \u00c0 cette rencontre du troisi\u00e8me type, s\u2019ajoute la voix d\u2019Apocalypse, un \u00e9l\u00e8ve de l\u2019orchestre Koffi Olomide. \u00c0 la clef un truc bas\u00e9 \u00e0 la station Ch\u00e2teau-Rouge, le quartier de Paris qui rappelle celui de Matonge \u00e0 Kinshasa. \u00ab <em>Il y a des petits maquisards et des bars, des sapeurs et des voleurs, des mamans qui g\u00e8rent le business et la police qui est entr\u00e9e dans le jeu <\/em>\u00bb<em>, <\/em>s\u2019amusait<em> <\/em>Cubain<em>. <\/em>\u00ab <em>C\u2019est tout une faune avec une incroyable \u00e9nergie ! <\/em>\u00bb Celle-l\u00e0 m\u00eame qui infiltrait la transe, souvent tellurique parfois \u00e9sot\u00e9rique, de ce projet hors zone de confort.\u00a0<\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jupiter<\/strong><strong> Bokondji<\/strong><strong>, le g\u00e9n\u00e9ral rebelle du bofenia rock<\/strong><\/h3>\n<p>Dans cette revue d\u2019effectifs, forc\u00e9ment incompl\u00e8te, impossible de ne pas revenir sur le cas de Jupiter Bokondji qui se r\u00e9v\u00e9la voici vingt ans sous nos tropismes apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 le personnage axial de <em>La Danse de Jupiter<\/em>. Sur fond de percussions bricol\u00e9es, de hip-hop caboss\u00e9 et de rumba customis\u00e9e, les r\u00e9alisateurs Renaud Barret et Florent de la Tullaye dressait un \u00e9tat des lieux de Kinshasa dans ses zones d\u2019ombre. On y d\u00e9couvrait alors ledit \u00ab\u00a0G\u00e9n\u00e9ral rebelle\u00a0\u00bb. \u00c9paulettes rouges sur veste russe \u00e9reint\u00e9e, il entendait tel un Don Quichotte lui aussi s\u2019opposer au tout puissant ndombolo qui agite les fesses de la jeunesse. Depuis celui qui naquit en 1963 \u00e0 Kinshasa et v\u00e9cut les ann\u00e9es 1970 \u00e0 Berlin fait autorit\u00e9, portant la parole de la\u00a0\u00ab\u00a0<em>g\u00e9n\u00e9ration t\u00eatue, g\u00e9n\u00e9ration sacrifi\u00e9e, g\u00e9n\u00e9ration consciente<\/em>\u00a0\u00bb, selon ses propres termes. Sa formule\u00a0? Le bofenia rock, \u00ab\u00a0<em>une musique de recherche<\/em>\u00a0\u00bb brassant toutes les influences qui traversent son esprit. Avec Okwess (\u00ab<em>la bouffe<\/em>\u00bb en kimbunda), attelage d\u2019aventuriers du son congolais qu\u2019il a fond\u00e9 en 1990, il s\u2019est peu \u00e0 peu b\u00e2ti une identit\u00e9 hors-norme qui n\u2019est pas sans \u00e9cho avec ses cadets qui bidouillent un son d\u00e9cadr\u00e9 de tout clich\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Sortir du n\u00e9ant ou presque, \u00e7a m\u2019a permis d\u2019aller au fond des choses. Sinon, je ne serais qu\u2019un imitateur, un musicien. Moi je suis un artiste, je cr\u00e9\u00e9 mon chemin, et je sais bien que \u00e7a prend toujours du temps avant d\u2019\u00eatre compris.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-embed alignwide is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\">\n<p>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"PAM Meets : Jupiter &amp; Okwess @Coachella\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/LgB5YNEDLFs?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/p>\n<\/figure>\n<p>Disque apr\u00e8s disque, Jupiter fait r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9sormais en Europe sans abandonner son terreau natal, qui fertilise son sillon original. Voil\u00e0 pourquoi Jupiter consacre une partie de son \u00e9nergie d\u00e9sormais aux \u00ab\u00a0<em>petits<\/em>\u00a0\u00bb, \u00e0 travers sa structure Univers Jupiter, bas\u00e9e \u00e0 Lemba Terminus, une p\u00e9pini\u00e8re qui abrite de jeunes groupes : Arobase et Biakudja, Pic-Pic Wawa\u00a0et Bankos, mais aussi Nelly, une chanteuse qui fr\u00e9quenta Bebson de la rue et son neveu Yende, bassiste qui m\u00e8ne son propre d\u00e9lire, genre voodoo child. \u00ab <em>Cet artiste tr\u00e8s inspirant est comme un grand fr\u00e8re, avec la m\u00eame \u00e9nergie que nous <\/em>\u00bb, insiste A\u00efcha, l\u2019ex voix qui mitraillait au micro des d\u00e9capants Fulu Miziki avec qui il a cosign\u00e9 une chanson, <em>Afrique sai sai <\/em>(\u00ab\u00a0la joie de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb, tout un programme). Fid\u00e8le \u00e0 son d\u00e9sir de futur, Jupiter esp\u00e8re \u00e9pargner les ann\u00e9es de gal\u00e8re que lui s\u2019est cogn\u00e9es \u00e0 ces combos qui divergent du mainstream <em>made in Congo<\/em>. \u00ab <em>Le retour aux sources de l\u2019infini, je te le dis. Ils sont l\u2019avenir de la r\u00e9volution musicale. Ces petits Jupiter sont plus forts que moi. Avec eux, nous allons br\u00fbler le monde\u00a0! <\/em>\u00bb En tout cas, c\u2019est le souhait de celui qui vient de publier <em>Ekoya<\/em>, \u00ab\u00a0\u00c7a viendra\u00a0\u00bb en lingala. Un v\u0153u pieux pour un mix des plus curieux, du funk d\u00e9glingu\u00e9 au ndombolo customis\u00e9, avec notamment Soyi Nsele, chanteuse de l\u2019ethnie Mongo.<\/p>\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Konono N\u00b01, Kasa\u00ef All Stars et Bony Bikaye, les pionniers post-modernes<\/strong><\/h3>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment cette science du grand d\u00e9tournement est porteuse d\u2019espoirs tout comme elle n\u2019est pas nouvelle dans la bruissante capitale congolaise. Depuis le mouvement des tradi-modernes, dont on peut se faire une juste id\u00e9e avec <em>Kinshasa 1978<\/em>, compilation d\u2019in\u00e9dits parus voici une dizaine d\u2019ann\u00e9es sur Crammed, c\u2019est m\u00eame devenu un classique pour les chercheurs de sons. Sur zone, les grooves \u00e0 base d\u2019instruments faits maison et d\u2019amplification al\u00e9atoire se sont d\u00e9got\u00e9 un nom appropri\u00e9\u00a0: musique de recherche. Tout est dit.\u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Konono N\u00b01 a mis un coup de pied dans la fourmili\u00e8re en mettant leurs likemb\u00e9s sur de gros amplis saccag\u00e9s\u00a0\u00bb, <\/em>stigmatise Renaud Barret qui en conna\u00eet un rayon sur le sujet. Outre le groupe fond\u00e9 par Mingiedi Mawangu qui, quittant sa r\u00e9gion du Bacongo pour s\u2019installer dans la capitale congolaise, avait bricol\u00e9 un syst\u00e8me d\u2019amplification \u00e0 partir de mat\u00e9riel de r\u00e9cup\u00e9ration afin d\u2019\u00e9lectrifier son likemb\u00e9 qui lui vaudra d\u2019\u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Kraftwerk, Lee Perry, Jimi Hendrix ou encore Miles Davis \u2013 joli quartet de t\u00eate \u2013, il y eut le Kasa\u00ef Allstars, un collectif regroupant environ 25 musiciens provenant de cinq groupes, tous originaires du Kasa\u00ef mais issus de cinq ethnies diff\u00e9rentes, dont chacune poss\u00e8de sa propre culture, sa propre langue et ses propres traditions musicales, consid\u00e9r\u00e9es comme incompatibles jusqu\u2019\u00e0 ce que ces artistes d\u00e9cident d\u2019unir leurs forces. L\u00e0 encore, le son tout \u00e0 la fois sophistiqu\u00e9 et sauvage saura s\u00e9duire bien au-del\u00e0 de leur terroir d\u2019origine.\u00a0<\/p>\n<p>Pionnier en la mati\u00e8re, Vincent Kenis, guitariste tout en distorsion d\u2019Aksak Maboul et traqueur de sons pour le label belge Crammed, estimait d\u00e8s 2008 que \u00ab\u00a0<em>tout a commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque du match Ali-Foreman, en 1974, qui co\u00efncidait avec la grande campagne d\u2019authenticit\u00e9 lanc\u00e9e par Mobutu, sur le mod\u00e8le de S\u00e9kou Tour\u00e9. Il y a eu une floraison d\u2019orchestres, qui ont enregistr\u00e9 des 45-tours. Ce n\u2019est pas par hasard si, l\u2019an dernier lors de la remise du troph\u00e9e BBC \u00e0 Konono No 1, Hugh Masekela qui \u00e9tait le pr\u00e9sentateur de la c\u00e9r\u00e9monie s\u2019est souvenu qu\u2019en 1974 il y avait des orchestres, comme eux, \u00e0 chaque carrefour de Kinshasa.<\/em>\u00a0\u00bb Une dizaine d\u2019ann\u00e9es plus tard, Vincent Kenis sera aux manettes de l\u2019aventure de Zazou Bikaye, un morceau d\u2019histoire avec le cultissime recueil <em>Noir et blanc<\/em>, r\u00e9unissant Hector Zazou et Bony Bikaye. Ce dernier, Congolais, n\u2019en \u00e9tait pas \u00e0 son d\u2019essai avec ce succ\u00e8s. N\u00e9 dans le Kasa\u00ef et grandi dans le Kinshasa post-ind\u00e9pendance tcha-tcha-tcha, il avait en t\u00eate depuis un bail de \u00ab\u00a0<em>faire se rencontrer les voix pygm\u00e9es, ou du moins africaines, avec les concepts d\u00e9velopp\u00e9s par l\u2019Am\u00e9ricain Morton Subotnick, le premier artiste qui a enregistr\u00e9 avec des machines\u00a0\u00bb.<\/em> En clair, lui aussi avait l\u2019intuition de bidouiller une bande originale \u00e0 des ann\u00e9es lumi\u00e8res des kilom\u00e8tres de sons t\u00e9l\u00e9guid\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\">\n<p>\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Hector Zazou &amp; Bony Bikaye &amp; CY1 - Lamuka\" width=\"840\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/j8-xWF3Cdi0?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/p>\n<\/figure>\n<p>S\u00fbr de sa foi en des lendemains qui peuvent d\u00e9zinguer sacr\u00e9ment et swinguer autrement, Bony Bikaye proposera m\u00eame en 1978 au secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 la Voix du Za\u00efre et le directeur d\u2019Air Za\u00efre de refa\u00e7onner l\u2019habillage musical du pays. Autrement dit de quitter l\u2019influence des Franco, Rochereau qui trustent alors les ondes\u2026 Las, apr\u00e8s un mois, le malentendu n\u2019aura que trop dur\u00e9 pour celui qui \u00e9tait fan de Stockhausen, Pierre Henry, autant de gars qui avaient exp\u00e9riment\u00e9 \u00e0 la radio. L\u2019avenir \u00e9tait ailleurs pour cet atypique, comme pour la plupart de ces exp\u00e9rimentateurs, qui ont trouv\u00e9 la plus puissante caisse de r\u00e9sonance, bien trop loin du Congo.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><script type=\"text\/javascript\">\n!function(f,b,e,v,n,t,s){if(f.fbq)return;n=f.fbq=function(){n.callMethod?\nn.callMethod.apply(n,arguments):n.queue.push(arguments)};if(!f._fbq)f._fbq=n;\nn.push=n;n.loaded=!0;n.version='2.0';n.queue=[];t=b.createElement(e);t.async=!0;\nt.src=v;s=b.getElementsByTagName(e)[0];s.parentNode.insertBefore(t,s)}(window,\ndocument,'script','https:\/\/connect.facebook.net\/en_US\/fbevents.js?v=next');\n<\/script><script>\n          !function(f,b,e,v,n,t,s)\n          {if(f.fbq)return;n=f.fbq=function(){n.callMethod?\n          n.callMethod.apply(n,arguments):n.queue.push(arguments)};\n          if(!f._fbq)f._fbq=n;n.push=n;n.loaded=!0;n.version='2.0';\n          n.queue=[];t=b.createElement(e);t.async=!0;\n          t.src=v;s=b.getElementsByTagName(e)[0];\n          s.parentNode.insertBefore(t,s)}(window, document,'script',\n          'https:\/\/connect.facebook.net\/en_US\/fbevents.js');\n          fbq('init', '304027956726511');\n          fbq('track', 'PageView');\n        <\/script><br \/>\n<br \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette carcasse qui roule, c\u2019est le Congo. 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